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Armand Tateossian

Publié le par les amis des arts de givors

Je suis né d’un peuple qui a eu la nécessité de renaître, d’exister à nouveau sur une terre différente de celle de ses racines.

Mes origines ont induit ma perception de la vie et par conséquent ma démarche artistique.

J’ai vécu dans un certain silence. J’ai souvent ressenti un immense vide au plus profond de mon corps. Ce vide, il me fallait le combler pour vivre sereinement.

Les questions sans réponses se bousculaient dans ma tête.

Il me fallait écrire - sans mots – toujours le silence.

L’argile est devenu cette page blanche, cette page d’écritures, de signes et de touches imaginaires ; cette matière où s’impriment les traces fossiles d’instants d’histoire ; cette roche meuble et fragile qui se métamorphose dans le temps de centaines de millions d’année en roche dure et qui fige ces instants ; l’argile, cette matière symbolique de la création de l’humain.

Mes études universitaires de géologie m’ont conduit à la découverte de cette matière et de sa fonction de photographie de l’histoire, de l’importance de l’infinité du temps et de la relativité de notre importance dans notre univers.

L’art plastique est un autre artifice que l’écriture pour exprimer un sentiment, une impression, quelque chose d’indicible, lorsque les mots manquent ou ne traduisent pas une émotion culturelle.

L’argile me permettait cette transcription essentiellement sensitive.

Mes premières pièces plaçaient un petit humain de porcelaine dans un univers naturel immense et profond, un petit être artificiel dans un monde sans fin.

Puis cet humain a construit son histoire, une accumulation de strates de vie, en acceptant son échelle humaine ; une histoire qui commence un jour et n’a pas de fin (en fait elle n’a pas non plus de début).

Aujourd'hui il me suffit de quelques traces d’existence, quelques fragments d’écriture, des éléments d’architectures pour ériger une mémoire sur laquelle je peux poser les pieds pour continuer à marcher au milieu d’un vide infini.

J’étale des pages d’argile, comme des pages blanches, sur lesquelles j’inscris mes perceptions sensitives, mes pensées ; j’y transcris l’indicible enfoui au plus profond de mon être, donc mes racines, les joies et les douleurs, les espérances et les craintes qui m’ont été léguées comme des données de destinées.

Il est évident que mon arménité transparaît. Ma main conserve la mémoire de la danse gestuelle du graphisme de mes origines, transcription d’une pensée en signe. Elle reste imaginaire afin de transmettre une culture sans en figer les contours.

Mes expositions sont constituées principalement par ces plaques d’argile, fragments de falaises, feuilles d’écriture étalées ou enroulées.

Les poissons sont apparus ensuite dans la scénographie ;

Ils sont une introduction à l’esprit de l’exposition :

ils en remplissent l’espace pour en éveiller l’imaginaire, la sérénité et le déplacement ; leur mouvement silencieux et irréel suscite une lecture instinctive, une impression d’ensemble et de pénétration dans une compréhension essentiellement sensitive; il n’y a plus de référence à une échelle de temps ni de dimensions. Le banc de poisson évolue dans un lent et silencieux « voyage » sans attache, comme un peuple en errance, avec son apparente fragilité, dans la fluidité du temps qui s’étale de l’infini passé à l’infini à venir…

A.T.

 

 

 

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